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La Croatie diverse (suite)

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5 avril 2025

L’acquisition de 30 obusiers CAESAr

La Croatie veut acquérir 30 CAESAr et un système de défense aérienne SAMP/T


 

L’an passé, en marge du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, le ministère croate de la Défense fit savoir qu’il avait l’intention de rejoindre le programme d’achats conjoints concernant le CAESAr [Camion équipé d’un système d’artillerie de 155 mm] après avoir signé un accord avec la direction du développement international de la Direction générale de l’armement [DGA].

Ce dispositif, éligible aux financements proposés par la Commission européenne [comme EDIRPA, pour European Defence Industry Reinforcement through common Procurement Act], consiste à mandater la DGA pour notifier des contrats non seulement pour l’armée de Terre mais aussi au nom des pays partenaires intéressés. L’Estonie, la Slovénie et le Portugal y ont adhéré et la Bulgarie envisage d’en faire autant.

Cela étant, Zagreb n’avait pas précisé le nombre de CAESAr susceptibles d’être commandés via ce programme d’achats conjoints. C’est désormais chose faite, après que le ministre croate de la Défense, Ivan Anušić, a rencontré son homologue français, Sébastien Lecornu, à Paris, le 25 mars.

« Nous prévoyons de signer un contrat pour l’acquisition de 30 obusiers CAESAr d’ici la fin de l’année », a en effet déclaré M. Anušić, dans un communiqué diffusé par ses services.

Ces CAESAr viendront épauler les 15 obusiers automoteurs [chenillés] PzH-2000 de conception allemande actuellement mis en œuvre par l’armée croate. À noter que celle-ci devrait prochainement disposer de 8 systèmes américains M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System] afin de renforcer sa capacité de frappe dans la profondeur.

Mais la Croatie n’entend pas s’arrêter là. Alors que les systèmes antiaériens MISTRAL 3 qu’elle a commandés en 2022 lui seront livrés d’ici la fin de l’année, elle envisage également de se procurer un système de défense aérienne SAMP/T NG [Sol Air Moyenne Portée / Terrestre], développé dans le cadre d’une coopération franco-italienne.

« Nous sommes également intéressés par l’acquisition d’un système de défense aérienne à moyenne portée, qui constitue notre prochaine priorité », a en effet affirmé M. Anušić, en évoquant la coopération capacitaire avec la France.

Enfin, il est aussi question de moderniser les 12 Rafale F3R d’occasion récemment reçus par la force aérienne croate, en les portant au standard F4.

« Les avions de combat Rafale acquièrent en permanence de nouvelles capacités. Leur modernisation est un processus qui garantit leur efficacité dans les années à venir. La France améliore également ses Rafale. Nous continuerons de suivre et de mettre en œuvre les dernières avancées technologiques », a expliqué le ministre croate.

Avec plusieurs fers au feu [achat de chars Leopard 2A8, de systèmes HIMARS, de blindés Patria AMV et d’hélicoptères UH-60M Black Hawk], la Croatie veut « donner du temps au temps », d’autant plus que son budget militaire est modeste, même si son montant a pratiquement doublé en dix ans [il était de 1,5 milliard d’euros l’an passé, ndlr].

 

Ces renforcements capacitaires seront « mis en œuvre de manière planifiée et systématique, sans précipitation inutile, mais en étant conscient de l’urgence et de l’importance du renforcement des capacités de défense », a fait valoir le ministère croate de la Défense.

 

« Tout le monde a besoin de tout, immédiatement, mais il n’y a aucune raison de paniquer. Nous menons ce processus de manière stratégique et responsable. Nous avons des objectifs clairs, nous préparons l’avenir et utilisons au mieux le temps qui nous est offert », a complété M. Anušić.

 

En tout cas, le plan « Readiness 2030 » [ex-ReArm Europe], élaboré par la Commission européenne afin de permettre aux pays membres de mobiliser un total de 800 milliards d’euros pour leur défense, via un prêt de 150 milliards, une dérogation à la règle des 3 % de deficit public et à une réorientation de certains fonds, devrait donner des marges de manœuvre financières à Zagreb.

 

« À la lumière du Plan ReArm Europe, la Croatie voit de nouvelles possibilités de coopération avec la France, notamment en matière d’approvisionnement conjoint », a en effet souligné M. Anušić.

 


 

Par Laurent Lagneau

Source : opex360.com, le 26 mars 2025.

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2 avril 2025

L’association catholique Bethléem Zagreb

En Croatie, la première « boîte à bébé » suscite la polémique


 

Ouverte par un groupe catholique anti-avortement, la « boîte à bébé » permet d’abandonner un enfant anonymement, une pratique jugée par les associations féministes.


 

Cachée derrière le grand bâtiment coloré du théâtre municipal pour enfants Tresnja, dans l’ouest de Zagreb, l’église du Corpus Domini passe presque inaperçue. Ce lieu de culte, qui de l’extérieur ressemble à une simple maison à deux étages, est pourtant au cœur de l’actualité en Croatie. C’est dans une niche située dans le mur de cet immeuble qu’une « boîte à bébé » a été inaugurée en février à l’initiative de l’association catholique Bethléem Zagreb. Il s’agit d’une fenêtre éclairée pendant la nuit, à l’intérieur de laquelle se trouve un espace chauffé muni d’un petit lit. Les parents ne souhaitant pas garder leur enfant peuvent le déposer à l’intérieur tout en gardant leur anonymat. C’est le tout premier dispositif de ce type en Croatie.

Des abandons d’enfants rarissimes

L’initiative fait suite à un fait divers qui a choqué la Croatie au printemps 2024. En rentrant d’une salle de sport un soir de mai, deux adolescents de Zapresic, un village dans la banlieue de Zagreb, ont trouvé un nouveau-né abandonné dans une poubelle. Transféré en toute urgence à l’hôpital, le petit garçon, né d’après les médecins entre deux et trois heures plus tôt, a été traité pendant trois semaines dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Sveti Duh de la capitale croate, avant d’être adopté par une famille en octobre dernier. La presse locale a suivi de près cette affaire, très rare en Croatie, tandis que la police est toujours à la recherche des parents, qui doivent répondre d’abandon et de tentative de meurtre.

La « fenêtre de la vie », comme l’appelle l’association Bethléem Zagreb, est censée éviter que de nouveaux cas de ce type se produisent, dans un pays où la naissance anonyme – comme l’accouchement sous X en France – n’existe pas. « Nous voulons proposer une alternative adéquate pour sauver la vie des bébés qui sont souvent le résultat de grossesses non désirées », a déclaré la présidente de l’association, Alberta Vrdoljak. Dès qu’un enfant sera déposé dans la nouvelle boîte de la rue Moscenicka, une alarme se déclenchera, alertant les religieuses qui habitent dans le couvent de la Visitation de Marie, rattaché à l’église du Corpus Domini. Parmi elles, Alberta Vrdoljak, qui recevra alors une notification sur son portable. Après avoir récupéré l’enfant, les sœurs le remettront à la présidente de l’association qui préviendra les services compétents.

Accouchements à risques

Si la nouvelle de la « boîte à bébé » a été généralement bien accueillie par la population, les critiques n’ont pas manqué, notamment en raison des positions anti-avortement des promoteurs de l’initiative. D’autres expriment de sérieux doutes sur le bon fonctionnement d’un tel dispositif.

L’organisation féministe Zenska mreza, qui regroupe une trentaine d’associations, estime que la « fenêtre de la vie » n’est pas « une option adéquate » aux grossesses non désirées dans ce pays très catholique, où l’avortement n’est possible que dans un nombre limité d’hôpitaux et coûte en moyenne 300 €. Si les féministes conviennent que la fenêtre de la vie « offre une alternative aux mères en situation de crise et prévient des formes potentiellement plus dangereuses d’abandon d’enfant », elle pourrait « encourager les femmes à garder leur grossesse secrète » et « les exposer à des accouchements à risque ».


 

Par Giovanni Vale

Source : international.la-croix.com, le 31 mars 2025.

21 mars 2025

L'alliance militaire entre la Croatie, l'Albanie et le Kosovo

Le Kosovo, l'Albanie et la Croatie créent une alliance militaire


 

Les ministres de la Défense du Kosovo, de l'Albanie et de la Croatie ont signé une déclaration trilatérale sur la coopération dans le domaine de la défense et de la sécurité. Le mémorandum, signé en Albanie, vise à renforcer l'industrie militaire, à moderniser les capacités et à faire face aux défis de sécurité dans les Balkans. Les signataires ont souligné que la coopération ne menace personne, mais constitue une garantie de stabilité et de paix dans la région.


 

Le Kosovo, l'Albanie et la Croatie ont signé mardi une déclaration trilatérale sur la coopération dans le domaine de la défense et de la sécurité.

La signature de ce mémorandum a eu lieu en Albanie, où le ministre de la Défense de ce pays, Pirro Vengu, a reçu avec les plus grands honneurs militaires ses homologues du Kosovo et de Croatie : Ejup Maqedonci et Ivan Anušić. 

Et après avoir signé la déclaration, lors d'une conférence conjointe des trois ministres, le Macédonien a déclaré que cela n'avait pas pour but de menacer un quelconque pays.

« L'objectif de cette coopération ne sera en aucun cas de menacer qui que ce soit. Mais ce sera un message à tous ceux qui osent menacer la sécurité, la paix et la stabilité dans les Balkans occidentaux, mais aussi la sécurité de nos pays, que nos trois pays qui partagent des valeurs et des intérêts communs sont unis pour faire face à tout danger et à toute menace visant à déstabiliser la région », a déclaré le Macédonien.

Selon Maqedonci, l’importance de cette coopération s’étend également à d’autres domaines.

"Notamment en termes d'industrie de défense, de formation, d'éducation du personnel militaire, tout en abordant également la question du soutien des deux pays à l'intégration du Kosovo dans les structures euro-atlantiques", a-t-il ajouté.

Le ministre croate Anusic a déclaré que la déclaration mettait l'accent sur la coopération dans l'industrie militaire.

« Nous avons décidé d'établir une coopération entre les trois États. Cette coopération reposera notamment sur l'assistance au développement de l'industrie de défense, la modification et la mise en œuvre des accords conclus jusqu'à présent, qui sont de haut niveau. Nous souhaitons désormais les améliorer, les renforcer et partager notre expérience », a déclaré Anusic.

Il a également évoqué les changements géopolitiques et l’importance de cette coopération.

« Pour des raisons géopolitiques, nous souhaitons coopérer dans notre région, en tenant compte des dangers présents et de la situation en Europe, notamment en Ukraine. Nous réfléchissons également à notre passé, qui n'est pas si lointain. Les informations que nous possédons sur le passé et qui nous donnent l'occasion de réfléchir expliquent notre décision d'instaurer une coopération entre les trois États », a ajouté Anusic.

Le ministre Vengu a déclaré qu'en plus de l'industrie militaire, la déclaration met également l'accent sur la coopération en matière de formation et de modernisation des capacités. Il a ajouté que l’Albanie et le Kosovo ont quelque chose à apprendre de la Croatie dans le domaine de la défense.

« Cette déclaration traduit non seulement une volonté politique, mais aussi certaines priorités que nous partageons. Elle porte principalement sur l'importance que nos pays accordent au renouveau et à la renaissance de l'industrie militaire, ainsi que sur la nécessité de coopérer encore plus étroitement et plus largement dans ce pilier de la sécurité nationale de nos pays », a déclaré Vengu.

Cette alliance vise, entre autres, à contrer les menaces hybrides et à renforcer la stabilité stratégique, en apportant un soutien total à l’intégration euro-atlantique et à la défense régionale.

Selon les signataires, la déclaration laisse la possibilité à d'autres pays de les rejoindre, puisqu'il a été annoncé que la Bulgarie a reçu une invitation.

Le Premier ministre Albin Kurti a quant à lui qualifié la déclaration d'alliance militaire entre le Kosovo, l'Albanie et la Croatie d'étape extrêmement importante pour la sécurité. 
Kurti a déclaré que cet accord est également important pour la paix dans la région. 

« Félicitations à tous ! Une étape extrêmement importante pour la sécurité et la paix dans la région, à travers la défense, la coopération et la coordination de nos pays épris de paix, avec la déclaration trilatérale sur l'alliance militaire signée aujourd'hui à Tirana entre notre ministre de la Défense, Ejup Maqedonci, le ministre de la Défense de la République d'Albanie, Pirro Vengu et le ministre de la Défense de la République de Croatie, Ivan Anušić », a écrit Kurti sur Facebook.

L'expert en sécurité Gurakuç Kuçi a estimé que cet accord avait été conclu en coordination avec l'OTAN. Selon lui, avec cet accord militaire, la Serbie et la Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine sont isolées.

« L'OTAN, l'Albanie et la Croatie ont offert au Kosovo une occasion en or. Cet accord a été conclu avec l'approbation de l'OTAN, car l'Albanie et la Croatie n'auraient pas le droit de signer un tel accord sans son approbation, en dehors des pays membres de l'OTAN. On peut donc dire que l'OTAN, l'Albanie et la Croatie ont offert au Kosovo une occasion en or de se rapprocher au maximum de l'OTAN, de renforcer sa sécurité et celle de la région. Avec l'accord actuel, résultant de cette déclaration du Kosovo, de l'Albanie et de la Croatie sur les questions militaires, la Serbie et la Republika Srpska se trouvent, dans une certaine mesure, isolées. Soit on leur offre la possibilité de vivre la paix et de se développer dans le cadre des structures euro-atlantiques, soit elles resteront isolées de telle sorte qu'elles ne pourront menacer aucun pays membre de l'OTAN ou ayant conclu des accords avec des pays membres de l'OTAN », a déclaré Kuçi.

La Croatie et l’Albanie sont membres de l’OTAN, tandis que le Kosovo possède des troupes de cette alliance sur son territoire.


 

Par Gashi Rayonne

Source : koha.net, le 18 mars 2025.

14 mars 2025

Les jumeaux romains de Tragurium

Deux jumeaux, une même tombe : la Croatie exhume un drame romain


 

Les pratiques funéraires romaines réservent peu de place aux nourrissons, souvent enterrés discrètement hors des grands cimetières. La découverte de jumeaux inhumés ensemble à Tragurium interroge sur le statut des enfants dans cette société. Leur état de santé révèle aussi l’impact de la malnutrition et des toxines environnementales sur la mortalité infantile.

L’Antiquité romaine a laissé derrière elle un patrimoine architectural et culturel exceptionnel, mais les vestiges humains, notamment ceux des nourrissons, sont plus rares et souvent mal documentés. Pourtant, la découverte de jumeaux à Tragurium, l’actuelle Trogir en Croatie, éclaire d’un jour nouveau les pratiques funéraires et les conditions de vie des plus jeunes dans la société romaine.

 

Des archéologues du Centre de recherche en bioarchéologie de l'Institut des recherches anthropologiques de Zagreb et de l'Université du Nevada ont mis au jour cette sépulture rare de jumeaux, un garçon et une fille, enterrés ensemble entre le Ier et le IIe siècle après J.-C. L’étude, publiée dans le Journal of Archaeological Science: Reports, révèle des signes de maladies métaboliques sévères et interroge l’impact de l’environnement et des pratiques alimentaires de l’époque sur la santé infantile.

 

Des jumeaux avec des signes alarmants de malnutrition

L’analyse des ossements des jumeaux de Tragurium a révélé des anomalies inquiétantes. Effectivement, elles témoignent sans conteste de graves déficiences nutritionnelles dès leur développement in utero. Les chercheurs ont observé des altérations osseuses caractéristiques du scorbut et du rachitisme. Ces deux maladies se trouvent liées à des carences en vitamines essentielles : la vitamine C pour le scorbut et la vitamine D pour le rachitisme. Elles entraînent une fragilité osseuse, des déformations du squelette et une vulnérabilité accrue aux infections.

Ces maladies ne touchent pas uniquement les nourrissons, elles sont souvent le reflet de l’état de santé de la mère. Ainsi, durant la grossesse, le fœtus dépend entièrement des apports nutritionnels maternels. Une alimentation insuffisante ou déséquilibrée impacte directement le développement osseux et immunitaire du bébé. Dans le cas des jumeaux de Tragurium, la présence simultanée de ces deux affections suggère que leur mère souffrait elle-même de graves carences alimentaires avant et pendant la grossesse.

Pour mieux comprendre l’origine de cette malnutrition, les chercheurs ont procédé à une analyse isotopique des ossements des nourrissons. Cette technique permet d’identifier les aliments consommés sur le long terme. Les résultats indiquent que la mère avait un régime alimentaire typique de la période romaine. Il se composait de blé, d’orge et de poissons. Certes ces aliments apportent une base nutritionnelle. Néanmoins, ils peuvent être insuffisants en vitamine D si l’exposition au soleil est réduite, et en vitamine C si les fruits et légumes frais sont rares.

Cette découverte met en lumière les défis nutritionnels auxquels étaient confrontées les populations romaines, notamment les femmes enceintes. Elle souligne également les risques accrus pour les nourrissons dans un environnement où les ressources alimentaires pouvaient être limitées ou mal équilibrées.

 

Des jumeaux exposé au plomb dans la Rome antique

En outre, la possible exposition des jumeaux de Tragurium au plomb interroge. Ce métal lourd était omniprésent dans la vie quotidienne des Romains. Utilisé dans les canalisations d’eau, les récipients alimentaires, les ustensiles de cuisine et même certains cosmétiques, le plomb contaminait directement les aliments et l’eau potable. Des analyses menées sur d’autres populations antiques ont montré que les concentrations de plomb dans le sang des Romains étaient jusqu’à 100 fois supérieures à celles des sociétés préindustrielles.

Ce niveau d’exposition chronique au plomb demeurait particulièrement préoccupant pour les femmes enceintes. De nombreuses études modernes ont démontré que le plomb traverse le placenta et s’accumule dans l’organisme du fœtus. Même à faible dose, il perturbe le développement neurologique, affaiblit le système immunitaire. De plus, il peut aggraver des troubles métaboliques tels que le rachitisme. Chez les nourrissons, une intoxication précoce peut entraîner un retard de croissance, des troubles cognitifs et une sensibilité accrue aux infections.

Dans le cas des jumeaux de Tragurium, bien que leurs ossements n’aient pas encore été analysés pour détecter la présence de plomb, les signes de malnutrition et de maladies métaboliques observés s’inscrivent dans un tableau compatible avec une exposition toxique. La forte prévalence de pathologies similaires dans la communauté suggère un problème environnemental plus large.

Si des analyses futures confirment la présence de plomb dans leurs os, cela renforcerait l’hypothèse selon laquelle cette contamination a contribué à la fragilité des nourrissons romains. Elle pourrait expliquer en partie les taux élevés de mortalité infantile observés à l’époque.

 

Une fenêtre sur les rites funéraires romains

La découverte de la sépulture des jumeaux de Tragurium a surpris les archéologues d’une autre manière. Pourquoi ?  Car elle remet en question une idée largement répandue : l’indifférence supposée des Romains face à la mort infantile. Dans l’Antiquité, la mortalité infantile se montrait extrêmement élevée, avec un taux estimé à 30 % avant l’âge d’un an. De nombreux nourrissons décédés n’étaient pas enterrés dans les cimetières classiques. On se contentait plutôt de lieux plus informels, comme sous les maisons ou dans des amphores.

Or, ici, les jumeaux se trouvaient soigneusement disposés face à face dans une fosse commune. Ce geste inhabituel traduit une attention particulière. Cette mise en scène pourrait indiquer que leur mort a eu un fort impact émotionnel sur leur famille. Leur enterrement simultané suggère qu’ils ont succombé à la même cause, probablement une complication néonatale ou une maladie. L’absence d’objets funéraires est également intrigante. Les nourrissons romains étaient parfois accompagnés d’amulettes ou de figurines, censées les protéger dans l’au-delà.

Le site de Dragulin a livré plusieurs autres sépultures infantiles, certaines à l’intérieur de grandes jarres en terre cuite. Pourtant, la présence de ces jumeaux dans une tombe creusée à même le sol pourrait refléter un statut particulier. Peut-être que leur rare condition de jumeaux, peu fréquente dans les archives archéologiques, leur a conféré une importance symbolique, notamment à travers le mythe fondateur de Romulus et Rémus. Cette sépulture constitue donc une précieuse fenêtre sur les croyances et les émotions des Romains face à la perte d’un enfant, bien loin d’une simple gestion pragmatique de la mortalité infantile.


 

Source : Anna Osterholtz, Mario Novak, et al., “Death and burial of a set of fraternal twins from Tragurium: An osteobiographical approach”. Journal of Archaeological Science: Reports, Volume 62, April 2025, 105071.


 


 

Par Laurie Henry

Source : science-et-vie.com, le 13 mars 2025

1 mars 2025

La bague romaine géante de la nécropole de Vinkovci

Une bague romaine géante découverte par un boucher en Croatie est exposée


 

L'anneau en or massif d'un diamètre de 25 millimètres et d'un poids de 13,64 grammes, décoré d'un filigrane d'imitation avec une plaque décorative de forme carrée avec les lettres gravées VTF (utere felix), est l'un des artefacts exposés au musée archéologique de Narona, à Vid près de Dubrovnik. Outre son poids en tant qu'artefact, sa découverte en 1896 est également intéressante.

 

Dans le jardin du boucher Antun Marek à Vinkovci, en Croatie, lors de l'ouverture d'une fosse de stockage, à une profondeur de deux mètres, une tombe romaine murée avec un squelette et de riches accessoires à l'intérieur serait découverte. C'était l'automne 1896.

Et maintenant, un artefact de cette époque peut être vu dans l'exposition au musée archéologique de Narona, à Vid près de Dubrovnik.

Des fragments de vases en verre et deux objets ont été retrouvés dans la tombe à cette époque : une fibule en argent et une bague en or. La bague est également spéciale en raison de l'inscription qu'elle porte.

La bague en or massive d'un diamètre de 25 millimètres et d'un poids de 13,64 grammes est décorée d'un filigrane d'imitation et possède une plaque décorative de forme carrée avec les lettres gravées VTF (utere felix). L'expression VTERE FELIX, « utilise ceci avec chance » apparaît fréquemment sur divers objets anciens, dans diverses variantes et abréviations telles que VF, VTF, VTE, VTR.F et autres.

Le nom du propriétaire ou de la divinité ou une autre expression telle que VIVAS, VIVAS IN DEO pourrait être ajouté à l'inscription. De telles expressions apparaissent sur des bagues précieuses, des chevalières ou une inscription gravée sur une tête décorative. « Ils apparaissent comme décoration sur divers objets personnels, tels que des bijoux - bagues, bracelets et autres, des miroirs, des équipements militaires - fibules, groupes de ceintures », explique Nikoleta Perok, conservatrice principale au Musée archéologique de Zagreb.

Cette bague de Vinkovci (en langue romaine : Cibale) provient de la nécropole orientale, où lors de la construction de maisons dans une rue locale, plusieurs tombes romaines avec des artefacts à l'intérieur ont été découvertes. Quelques années plus tard, le boucher Marek agrandissait son entrepôt et tomba sur des parties du même tombeau en briques avec d'autres trouvailles intéressantes telles que les restes de récipients en céramique et trois récipients en bronze.

Dans la collection du musée de bijoux en argent et en or, en plus de celui-ci de Vinkovci, une inscription similaire (VTR.F) est gravée sur une simple bague en or de Surduk et sur une bague en argent trouvée à Sisak (VTE).

Au Musée archéologique de Narona, l'exposition d'anneaux d'or romains de la collection du Musée archéologique de Zagreb sera ouverte jusqu'au 8 mai.

Pour les Romains, la bague était plus qu'un simple bijou et en plus de son but décoratif, en tant qu'ornement sur la main, elle avait une signification symbolique et mystique. Dans les sources anciennes, il est mentionné sous divers noms tels que condalium, ungulus et le plus souvent annulus.

Selon le matériau, l'anneau jouait un rôle important dans la détermination du statut dans la hiérarchie militaire et civile. Le droit de porter une bague en or était défini par une loi spéciale. Les Romains portaient le plus souvent une bague au quatrième doigt, puis à l'index et enfin, à l'auriculaire.

L'exposition « Bagues en or romaines provenant des fonds du musée archéologique de Zagreb » présente 65 bagues en or romaines, qui font partie de la collection d'argent et d'or de bijoux romains provenant du fonds du musée. La plupart des bagues sont arrivées au musée par achat ou en cadeau et ont été retrouvées dans divers sites archéologiques tels que Siscia, Asseria, Viminacium, Sirmium, Burgenae et autres.


 


 

Extrait de la « Liste Jutarnji ». Traduit par KOHA

Source : koha.net, le 27 février 2025.

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27 février 2025

L'usine de batteries de la filiale de Porsche à Sveta Nedelja

Porsche fabriquera les batteries de son système pour vélos électriques en Croatie


 

C’est à Sveta Nedelja, en Croatie, que Porsche a décidé de fabriquer les batteries qui alimenteront ses futurs moteurs pour vélos électriques. Un choix logique sachant que ces batteries sont développées à Zagreb, au siège de Porsche dans le pays.


 

Le groupe Porsche reste très impliqué dans le développement de technologies liées aux vélos à assistance électrique. Fin 2023, il annonçait son intention d’ouvrir une usine de fabrication de moteurs électriques en Europe. Les choses ont pris leur temps mais cela avance : l’annonce officielle de l’ouverture prochaine d’un site industriel à Sveta Nedelja, en Croatie, a été faite hier 25 février 2025.

Cette décision est présentée comme une nouvelle étape cruciale dans le projet Porsche eBike. Elle vise à renforcer la collaboration des différentes équipes, celles chargées de concevoir les moteurs et leurs batteries, et celles chargées de les fabriquer.


 

Des batteries fabriquées en masse l’année prochaine

 

Précisons que la nouvelle usine croate dont il est question ici ne fabriquera pas de moteurs mais des batteries. Ces batteries sont développées au siège de la filiale de Porsche à Zagreb, et seront donc fabriquées à Sveta Nedelja au sein d’une usine de plus de 2 000 m² retransformée autour de lignes de production automatisées et évolutives.

« Nous voyons un énorme potentiel d’innovation dans la technologie des batteries (…) Le contrôle de la qualité et la fiabilité de la production ont été les principales raisons de notre décision d’internaliser en grande partie la production des batteries du système Porsche », explique Alexander Wünsch, directeur financier de Porsche eBike Performance.

Les moteurs et la transmission seront, eux, fabriqués en Allemagne. Le site industriel sélectionné n’a pas encore été communiqué. Là encore, Porsche cherche à réunir au plus près développement et production pour faciliter les échanges entre les équipes.

Toutes ces phases préparatives doivent permettre à la production de masse du système Porsche pour vélos électriques de débuter au début de l’année 2026, moment auquel le groupe espère pouvoir lancer officiellement son unité d’entraînement.

[…]


 

Article publié à l’origine sur bicycleretailer.com, le 25 février 2025.

Source : transitionvelo.com, le 26 février 2025.

26 février 2025

Milko Šparemblek

Décès du chorégraphe Milko Sparemblek à l’âge de 96 ans


 

Le danseur et chorégraphe croate Milko Sparemblek, qui a été un directeur de ballet renommé à New York, Lisbonne et Lyon (France), est décédé mardi à Zagreb à l’âge de 96 ans, a annoncé ce mercredi le Théâtre national croate de Zagreb.


 

« Son héritage artistique est certainement le plus important et le plus vaste de toute notre histoire de la danse », a souligné le théâtre dans un communiqué.

Né en Slovaquie, le chorégraphe a déménagé pendant son enfance à Zagreb, où il a poursuivi des études de littérature et une formation en danse classique.

En 1948, il a intégré le théâtre national où il a interprété les premiers rôles avant de s’installer cinq ans plus tard à Paris pour poursuivre ses études de danse.

Membre de plusieurs troupes de ballet renommées, dont le Ballet du XXe siècle de Maurice Béjard, où il a été maître de ballet, Sparemblek a également travaillé la danse contemporaine à New York avec Martha Graham et Jose Limon.

Au cours des années 1970, il a été le directeur du ballet du Metropolitan Opéra de New York, puis du Ballet Gulbenkian de Lisbonne et du Ballet de l’Opéra de Lyon (France).

De 1992 à 1994, il a été directeur du ballet du théâtre national croate de Zagreb.

Tout au long de sa carrière, Sparemblek a mis en scène des centaines de ballets et opéras, et a joué dans plusieurs films et émissions télévisées.

Son travail a été présenté dans les principales villes européennes comme Athènes, Bruxelles, Londres, Paris ainsi qu’à New York ou Rio de Janeiro.

Passionné de littérature et de philosophie, Sparemblek a été un promoteur des bienfaits de l’exercice, qu’il a pratiqué jusqu’à un âge avancé.

« Le corps est un instrument, s’il est en mauvaise condition physique, il en sera de même pour la chorégraphie », avait-il dit à la presse en 2018.


 

Source : lequotidien.lu, le 26 février 2025.

18 février 2025

Le Busard pâle

Augmentation remarquable du nombre d’observations hivernales de Busards pâles en Croatie depuis 2022


 

Alors que les observations hivernales de Busards pâles ont progressé en France depuis quelques années, c'est également le cas dans le sud-est du continent, comme en Croatie, où 17 données concernant 20 individus ont été collectées depuis 2022, principalement dans les plaines de la Slavonie et du bassin de la rivière Kupa.  


 

Le Busard pâle (Circus macrourus) ressemble étroitement aux Busards cendré (C. pygargus) et Saint-Martin (C. cyaneus).

[…]

Cette expansion sur notre continent s’est accompagnée d’une augmentation des observations hivernales, principalement dans la péninsule ibérique et en France (lire Un Busard pâle juvénile en Charente-Maritime : identification et réflexions), mais aussi au Royaume-Uni, en Irlande, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Dans les Balkans, la tendance est également positive. En Serbie, un cas confirmé est connu, et un possible date de 2024, et en Hongrie, les données ont progressé au cours des dernières années.

Dans un article publié en 2024 dans la revue Larus, Josip Turkalj et Adrian Tomik ont parcouru toutes les sources disponibles et ont recensé au total 98 observations de l’espèce en Croatie, dont 62 depuis 2017, avec un pic en avril. Depuis 2022, les données hivernales ont significativement augmenté, avec 17 données concernant 20 individus, qui stationnent principalement dans les prairies et les parcelles agricoles de la Slavonie et du bassin de la rivière Kupa.

Les Busards pâles qui survolent la Croatie durant les périodes de migrations empruntent très probablement la voie de la Méditerranée centrale reliant les zones de nidification de l’Ukraine et de l’ouest de la Russie à l’Afrique du Nord en passant par la mer Adriatique et l’Italie.

Les profonds changements environnementaux que connaît l’Europe depuis un siècle, causés par différents facteurs (intensification et mécanisation des activités agricoles, urbanisation, réchauffement climatique, etc.), sont à l’origine de modifications dans les populations de nombreuses espèces d’oiseaux, qu’il s’agisse de déclin, par exemple pour beaucoup de celles qui vivent dans les plaines cultivées, ou d’expansion pour d’autres venues du Sud ou de l’Est, comme le Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus), la Bergeronnette citrine (Motacilla citreola). La progression de leur aire de nidification peut s’accompagner de la création de nouvelles voies migratoires : cela semble être le cas du Busard pâle, les oiseaux nichant en Europe migrant désormais en automne en survolant les Pyrénées et rejoignant l’Afrique en passant par le détroit de Gibraltar, où les données ont progressé.


 

Source : ornithopedia.com, le 17 février 2025.

15 février 2025

Le corridor RTE-T

Croatie : l’appel d’offres de 620 millions d’euros pour le corridor RTE-T constitue le « plus grand projet ferroviaire jamais réalisé » dans le pays


 

HŽ Infrastruktura a annoncé un appel d’offres pour la reconstruction et l’extension de la ligne ferroviaire Dugo Selo – Novska en Croatie, ce qui représente le plus grand investissement ferroviaire de l’histoire du pays. Le projet de 620 millions d’euros comprend une révision complète de la section ferroviaire de 83 kilomètres ainsi que la construction d’une deuxième voie, le tout faisant partie d’une injection de fonds de 6 milliards d’euros dans le réseau ferroviaire vieillissant de la Croatie.


 

La Croatie va bientôt entamer des travaux d’une valeur de 620 millions d’euros pour moderniser la ligne ferroviaire Dugo Selo – Novska, un tronçon vital du réseau ferroviaire du pays qui fait partie du corridor X, un itinéraire clé du réseau transeuropéen de transport (RTE-T) reliant l’Europe occidentale et l’Europe du Sud-Est. Reliant Zagreb à l’est de la Croatie et à la Serbie, il s’agit d’un corridor essentiel pour le transport de marchandises et de passagers. Les travaux de modernisation permettront d’accroître considérablement la capacité, d’augmenter la vitesse des trains et d’améliorer la connectivité ferroviaire internationale, raison pour laquelle l’UE a décidé de soutenir le projet par un financement important.

L’appel d’offres pour les travaux de construction, lancé par le gestionnaire d’infrastructure croate, est ouvert jusqu’au 8 avril 2025, et l’entrepreneur retenu devrait commencer les travaux dans le courant de l’année. Le projet devrait durer cinq ans, après quoi la vitesse des trains devrait passer à 160 km/h sur la ligne principale.


 

Révision des gares et de la signalisation

Outre la reconstruction complète de la voie existante et l’ajout d’une deuxième voie, le projet prévoit également la modernisation complète des gares le long de ce corridor clé du centre de la Croatie. Il s’agit notamment de Dugo Selo, un important centre de banlieue situé juste à l’est de Zagreb, ainsi que d’Ivanić-Grad et Popovača, qui desservent les passagers régionaux plus à l’est dans la région de Zagorje-Moslavina.

Kutina, une ville industrielle clé, et Novska, un important nœud ferroviaire près de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, feront également l’objet d’une reconstruction. Parallèlement, Deanovec, Moslavačka Gračenica, Lipovljani, Novoselec et Ludina – des gares plus petites situées le long de l’itinéraire – seront transformées en arrêts ou en installations d’expédition afin de rationaliser les opérations.

D’autres travaux de reconstruction auront lieu dans plusieurs arrêts plus petits, notamment à Ostrna, Prečec, Širinec, Voloder, Repušnica et Stara Subocka, qui desservent principalement le trafic ferroviaire local et régional. Un nouvel arrêt sera également construit à Okešinec, tandis que la gare de Prečec devrait être définitivement fermée dans le cadre de l’optimisation du réseau.

Afin d’améliorer la sécurité – un problème majeur en Croatie – et de réduire les embouteillages, la plupart des passages à niveauseront nivelés ou supprimés, et il n’en restera qu’une poignée, dont ceux d’Ostrna, de Križ, de Lipovica et de Voloder. Le projet comprend également l’installation de systèmes modernes de sécurité et de signalisation ferroviaires – ERTMS/ETCS Level 2 et Baseline 3 – ainsi qu’une révision complète de l’infrastructure d’électrification ferroviaire.


 

Une partie d’un investissement plus large de 6 milliards d’euros

Le lancement de l’appel d’offres intervient dans le cadre de la stratégie d’investissement de six milliards d’euros annoncée par HŽ Infrastruktura, qui vise à moderniser l’infrastructure ferroviaire vieillissante de la Croatie au cours de la prochaine décennie. Le pays est depuis longtemps confronté à des vitesses lentes, à des infrastructures obsolètes et à une fiabilité médiocre, ce qui a des répercussions sur les services ferroviaires de transport de passagers et de marchandises. Toutefois, grâce à l’accès à un financement important de l’UE, la Croatie va de l’avant avec des améliorations attendues depuis longtemps sur des sections clés du réseau. Actuellement, 17 projets ferroviaires financés par l’UE sont en cours de mise en œuvre, les investissements les plus importants étant concentrés sur les principaux corridors internationaux de la Croatie.

HŽ se concentre sur deux corridors essentiels : le corridor RH2, qui va de Rijeka sur la côte adriatique à la capitale hongroise Budapest en passant par Zagreb, et le corridor RH1, qui relie la Slovénie, Zagreb et la Serbie (y compris le tronçon Dugo Selo – Novska). Ces deux lignes font partie du réseau RTE-T de l’UE et ont longtemps souffert d’un sous-investissement, entraînant des restrictions de capacité et de vitesse.

Bien que nécessaires, les travaux prévus ont déjà entraîné des perturbations majeures dans les services de transport de passagers, ce qui a suscité la frustration des usagers du rail. Cependant, M. HŽ insiste sur le fait que les avantages à long terme l’emporteront largement sur les inconvénients à court terme, déclarant que « l’image des chemins de fer croates s’améliorera avec chaque projet achevé ».


 

L’UE finance les chemins de fer croates

La question du financement reste au cœur de ces investissements. HŽ Infra a déclaré que la majeure partie de son plan d’infrastructure de six milliards d’euros était financée par les Fonds structurels et d’investissement européens (FESI), le mécanisme Connecting Europe Facility (CEF) et le National Recovery and Resilience Plan (NRRP). Les banques de développement ont également accordé des prêts pour des projets spécifiques.

En février 2024, la Croatie a conclu un accord de financement de 900 millions d’euros avec la Banque européenne d’investissement (BEI) dans le cadre de son projet de « revitalisation du système ferroviaire ». Ce financement devrait permettre de renouveler 500 kilomètres de voies ferrées sur des itinéraires internationaux, régionaux et locaux, y compris des tronçons clés du réseau ferroviaire de passagers. Parallèlement, la ligne ferroviaire Dugo Selo – Novska est également cofinancée par des fonds européens provenant du CEF et du PKK.


 

Par Thomas Wintle

Article paru à l’origine sur railtech.com, le 12 février 2025.

Source : railtech.be, le 12 février 2025.

11 février 2025

Le site médiéval de Rašaška

Une étrange « sépulture de vampire » découverte en Croatie datant du Moyen Âge


 

Les découvertes archéologiques réservent parfois des surprises. En Croatie, sur le site de Rašaška, une sépulture hors du commun a été mise au jour, laissant entrevoir des pratiques funéraires influencées par des croyances profondément ancrées. Loin d’être une simple inhumation médiévale, ce « tombeau de vampire » révèle un rituel particulier destiné, semble-t-il, à empêcher un défunt de revenir hanter les vivants.


 

En Croatie, des fouilles à Rašaška ont révélé une sépulture médiévale intrigante, étudiée par l'anthropologue Nataša Šarkić.

  • Un homme décapité, enterré avec des pierres stratégiques, témoigne des rituels anti-vampires médiévaux.

  • Cette découverte souligne l'impact des croyances vampiriques sur les pratiques funéraires médiévales.

Les croyances autour des vampires ne se limitent pas aux légendes et aux récits fantastiques. En Europe de l’Est, des pratiques funéraires spécifiques témoignent d’une peur réelle et persistante de voir les morts revenir hanter les vivants. En Croatie, une récente découverte archéologique éclaire ces rituels destinés à empêcher toute résurgence post-mortem, à empêcher tout vampire de s’immiscer dans le monde des vivants.

Lors de fouilles menées sur le site médiéval de Rašaška, des chercheurs ont mis au jour une sépulture inhabituelle : un homme décapité, au corps disposé de manière anormale, avec des pierres placées à des endroits stratégiques. Cette découverte, étudiée par Nataša Šarkić, anthropologue affiliée à l’Institut d’Archéologie de Zagreb, offre un aperçu direct des croyances médiévales locales sur les « vampires ». Que révèlent ces pratiques sur la société de l’époque et la perception de la mort ?


 

Un site médiéval marqué par des croyances persistantes et un vampire

Le site de Rašaška, aussi appelé Račeša, s’inscrit dans une région riche en histoire et en influences culturelles, située en Croatie centrale. Ce territoire se voit marqué par les affrontements entre le royaume de Hongrie-Croatie et l’Empire ottoman. Il a alors vu s’implanter plusieurs ordres militaires et religieux. Les Templiers, puis les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem y ont établi une forteresse qui a ensuite été intégrée au patrimoine de la noblesse locale.

Notons que les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem constituaient à cette époque un ordre religieux et militaire, fondé au XIᵉ siècle pour soigner les pèlerins en Terre sainte. Devenus une force militaire chrétienne, ils ont participé aux Croisades et gouverné Rhodes puis Malte. Aujourd’hui, ils existent sous forme d’organisations caritatives et souveraines.

Depuis 2011, des fouilles sont menées dans la forteresse pour mieux comprendre l’organisation de cet espace et son évolution au fil des siècles. Les archéologues y ont découvert un complexe religieux, vraisemblablement une église, accompagné de nombreuses sépultures médiévales, datées entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle. Cette période correspond à une phase de bouleversements politiques et religieux. Les croyances populaires, notamment liées au surnaturel, ont perduré malgré la christianisation.

Parmi les 181 tombes recensées sur le site, une sépulture en particulier a retenu l’attention des chercheurs. Répertoriée sous le numéro 157, elle se distingue par son emplacement sous le plancher d’une église, le long de son mur sud. Contrairement aux autres inhumations respectant les rites chrétiens, celle-ci présente des anomalies marquées.


 

Qui était cet homme au destin singulier ?

L’analyse anthropologique du squelette a permis d’en savoir plus sur le défunt. Il s’agissait d’un homme âgé de 40 à 50 ans. Le corps portait des marques évidentes de violences subies au cours de sa vie. Des blessures guéries ont été relevées sur ses côtes et son tibia. En outre, une fracture ancienne était visible sur la mâchoire supérieure, probablement causée par une arme tranchante.

Cependant, les blessures les plus marquantes se situaient au niveau du crâne. Deux coups mortels avaient été portés à l’arrière du crâne. Cela laisse supposer un décès résultant d’un affrontement violent. La chercheuse Nataša Šarkić, qui a dirigé l’analyse des ossements, a affirmé que ces blessures sont « la conséquence de violences interpersonnelles ayant eu une issue fatale ». Cet homme se trouvait donc impliqué dans plusieurs conflits avant de périr.

Le fait qu’il ait été enterré au sein d’un édifice religieux, mais dans un emplacement considéré comme défavorable – le long d’un mur – intrigue également. Cela suggère qu’il n’était peut-être pas un individu ordinaire. Probablement, quelqu’un qui, de son vivant, avait une réputation particulière, voire inquiétante. De plus, le corps a été déplacé post-mortem, sa tête sectionnée et placée à une trentaine de centimètres du tronc. Deux lourdes pierres ont également été disposées au niveau des pieds et du crâne.


 

Un « vampire » selon les croyances populaires ?

Les rites funéraires spécifiques observés dans cette tombe semblent étroitement liés aux superstitions médiévales sur les « vampires ». Cet individu a pu être perçu, de son vivant ou après sa mort, comme une menace pour la communauté. Il nécessitait alors de fait des mesures pour empêcher toute « résurrection » potentielle.

En effet, dans les traditions slaves, il était admis que l’âme d’un défunt ne quittait pas immédiatement son corps après la mort. Mais elle restait attachée à lui jusqu’à sa décomposition complète. Les populations redoutaient donc que certains défunts ne parviennent pas à quitter définitivement le monde des vivants. Et notamment ceux qui avaient eu une mort violente, n’avaient pas reçu de rites funéraires appropriés ou étaient considérés comme déviants de leur vivant. Dans ces sociétés rurales, la mort restait un phénomène mystérieux et omniprésent. Ainsi toute anomalie corporelle – une décomposition ralentie, un gonflement du cadavre ou encore des saignements post-mortem – pouvait constituer un signe de vampirisme.


 

Des croyances partagées

La sépulture 157 du site de Rašaška partage plusieurs similitudes avec d’autres tombes découvertes en Europe centrale et orientale. Des précautions extrêmes y étaient prises pour empêcher un éventuel retour du mort. En Pologne, des sépultures médiévales ont révélé des squelettes avec des faucilles placées sur la gorge ou des pieux plantés dans le thorax, autant de dispositifs destinés à immobiliser le cadavre.

En Croatie, un cas documenté en 2024 à Pakrac présentait un individu enterré dans un cercueil richement orné. Mais on lui avait retiré la tête, les archéologues ne l'ont jamais retrouvée. Ces pratiques montrent que la peur des revenants était une préoccupation collective. Elle ne se limitait pas à des cas isolés. Bien ancrée dans les mentalités, on l'a transmise sur plusieurs siècles. La tombe de Rašaška s’intègre donc dans un ensemble plus vaste de traditions funéraires. Elles traduisent une frontière ténue entre les croyances populaires et les rituels religieux médiévaux. Ce tombeau atypique illustre la persistance des croyances vampiriques au Moyen Âge, même après l'adoption du christianisme.


 

Entre mythe du vampire et réalité historique

Enfin, ces pratiques funéraires révèlent la peur viscérale qu’inspiraient ces figures surnaturelles dans l’imaginaire collectif. Néanmoins, au-delà du mythe du vampire, elles reflètent également des réalités sociales. Les individus considérés comme déviants, marginaux ou violents se voyaient plus susceptibles de faire l’objet de telles mesures posthumes.

L’homme enterré dans la tombe 157 était-il réellement perçu comme un vampire? Ou s’agissait-il simplement d’un individu au passé trouble dont la société cherchait à effacer la menace même après sa mort ? L’absence de documents écrits sur son histoire ne permet pas de répondre avec certitude. Cependant, la richesse des indices matériels nous offrent une fenêtre fascinante sur la manière dont le Moyen Âge gérait sa peur du surnaturel.

Ce qui est certain, c’est que cette découverte renforce l’intérêt croissant pour l’étude des rites funéraires médiévaux et des superstitions qui les entouraient. Un passé où mythe et réalité s’entrelacent… Et où la mort ne signifiait pas toujours la fin du danger.


 

Par Laurie Henry

Article paru à l’origine sur sveoarheologiji.com, le 21 janvier 2015

Source : science-et-vie.com, le 8 février 2025.

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